SANNA MARANDER

"solid objects"

 

 

 

Solid Objects

Le projet « solid objets » s’inscrit dans une certaine tradition muséographique, réalisée par des acteurs potentiels qui font et construisent les collections et les stratégies qui les sous-tendent.  Pour l’artiste américain Allan Kaprow, les objets dans une collection contiennent des codes qui pour être déchiffrés exigent un ensemble ingénieux de croisements entre les histoires, les rôles et les disciplines de ces signaux mélangés1. Cette science de l’identification, de la mise en valeur et de la classification est aussi associée à la biologie taxinomique qui fait référence à des schémas particuliers de classification que l’artiste  Sanna Marander détourne par la mise en forme graphique de posters et de couvertures de livres imaginaires conçus par rapport à des objets trouvés et choisis avec délectation. Le projet « solid objects » ne constitue pas seulement une exposition, mais une multitude d’activités qui entourent cette collection potentielle d’objets récoltés. Un blog2 compile ainsi individuellement les éléments accumulés ainsi que les infinies combinaisons de posters et couvertures de livres qui sont associées à ces objets trouvés. Les posters réalisés sont donc des éléments culturels de signification que l’artiste construit au gré du temps et de ses rencontres qui mettent en perspective la grande machine autoritaire de l’industrie culturelle et les objets qui sont les véhicules de ces relations particulières.
L’artiste Sanna Marander s’est inspirée d’une histoire de Virginia Wolf  (1888-1941) intitulée « Solid Object »3 écrite en (1920) qui raconte en quelques  mots, l’histoire de John qui est un membre du Parlement et de Charles, son confident et ami. John trouve une pièce en verre sur la plage qui brille et se demande comment elle a bien pu arriver là ? Il la prend et à la surprise de son ami, l’amène à la maison et la garde comme un trésor. Sans relâche, John cherche dans les poubelles avec sa canne des objets spéciaux. Dans une des scènes les plus brillantes de cette courte nouvelle, John dit à son ami Charles qu’il ne faisait que commencer une nouvelle carrière qui lui procure les plus grandes émotions. John poursuit ses recherches dans Londres pour trouver des objets, qui selon lui, ont une plus grande valeur que tout son travail. Toute rationalité est vue par l’auteure comme une mise en relief de l’abnégation vécue par John du monde extérieur qui ne lui prête plus aucune attention. Curieusement,  l’auteure nous fait part de cette nouvelle, alors que le protagoniste principal esquisse le plus grand repli. En partageant cette histoire, Virginia Woolf et au travers de la réappropriation de cette nouvelle par l‘artiste nous renvoie au fait que comme aime à le dire John « tout choix de vie n’est pas forcément plus pathologique que celui de l’exercice de la politique ».

La portée implicite de la nouvelle et aussi le fait que cette œuvre littéraire est depuis cette année libre de droit a ainsi été pour Sanna Marander un procédé méthodologique pour transposer sans retenue cette histoire à celle de notre civilisation qui préfère garder certaines choses et objets plutôt que d’autre. Comment un objet trouvé sans identification apparente peut prendre ainsi une valeur ajoutée ? En quoi, justement l’objet fait œuvre et pourquoi ? Comment les choix de conservation se font-ils et selon quels critères ? En quoi l’espace public qui est à tous et à chacun peut-il être un lieu d’étude de ces objets ? Elle en est venue elle aussi, depuis un certain temps à collecter  des objets difficilement identifiables qu’elle a glané ici et là, de Stockholm à Saint-Ouen et dans toute l’Ile de France qui peuvent entrer dans la poche d’un vêtement. Les gestes du quotidien de l’artiste ont ainsi à voir avec ce qui fait la renommée de notre ville de Saint-Ouen dont la réputation mondiale des Puces est basée sur les collecteurs chiffons, les récupérateurs de matériaux et d’antiquités.  Dans ce territoire, il suffit aussi de venir après la fermeture du marché pour découvrir qu’il y a bien des recoins qui regorgent des ces objets potentiellement laissés aussi par les propres acteurs de cette taxinomie d’objets recyclés qui n’ont pas trouvés preneurs.

Enfin, Sanna Marander questionne le rapport particulier voire ontologique que l’on peut avoir avec ces objets et qui, s’ils sont déplacés dans un autre contexte prennent une tout autre signification et rentrent alors potentiellement dans un autre système de valorisation culturelle et de déplacement d’un champs à un autre.

Cécile Bourne-Farrell, 24 janv.-12

Sanna Marander, est née en 1977 à Helsingborg, Suède. Son travail a été montré à Vistamare à Pescara, (2008 et 2010), Flux Laboratory in Genève,(2008), C Bass & Co, Beacon, New York (2011), et expositions collectives à la Kunstlerhaus Bregenz (2010), George Kargl Gallery, Vienne (2010), Para Site Art Space, Hong Kong (2010), Museo Maga, Gallarte, Italie (2011), EX3 Center for Contemporary Art, Florence (2012).
Elle a publié un livre d’artiste intitulé catalogue en 2009 par MER Paperkunsthalle à Gand en Belgique.

 

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1- Kaprow 1993 : 104 cité p. 23 dans « Object Atlas, fieldwork in the museum », Weltkunst Museum Frankfurt, ed Kreber, 2012

2- www.solid-objects.tumbir.com

3- Traduction en français : « Objets massifs-Une maison hantée »

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Sanna Marander: solid objects
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